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Lundi 31 mars 2008

 

 

« J’adore la mode. Tous les mois, je rends mon salaire à Marc Jacobs et Isabel Marant, et « j’oublie » de mettre de l’argent de côté. En revanche, mes parents n’oublient jamais de me rappeler que ce n’est pas avec une 37ème paire d’escarpins que je vais payer ma retraite, « et au train où ça va, tu ferais mieux d’investir dans la pierre plutôt que de claquer tout ton salaire au Bon Marché ». Alors je culpabilise, je me persuade qu’une fille qui n’a que deux pieds n’a pas besoin de 50 paires de chaussures et je place 100 € sur mon Codévi. Que je récupère le mois d’après, parce qu’ils ont reçu la nouvelle collection chez Zadig & Voltaire. Alors je culpabilise dans mon nouveau tee-shirt, etc, etc… » Anonyme, 30 et quelques années.

 

Ca vous concerne aussi si : vous tergiversez cinq jours avant d’acheter une énième robe, puis vous culpabilisez une fois la robe dans votre dressing ; vous mentez sur vos achats et votre salaire ; vous retardez les présentations de votre nouveau fiancé à votre mère, qui aimait tant votre ex.

 

La question à se poser : « De quoi ai-je vraiment envie ? » Que nous enseigne ce témoignage d’une personne que je connais bien (bon, d’accord, c’est moi) ? Que cette personne a une penderie rebondie comme une fesse de Thierry Henri ? Même pas tant que ça (là, deux copines quittent la pièce en s’essuyant les yeux d’hilarité). Ce que l’on doit retenir de cet aveu, c’est que l’on est tiraillée entre son désir et son éducation. Et un peu le regard fou de son banquier, aussi.

Ca s’appelle la culpabilité, ça fait partie de l’être humain et il est illusoire de prétendre s’en affranchir. On peut néanmoins vivre avec, en l’assumant. Et pour ce faire, commencer par oublier certains principes de son éducation.

Elargissons l’exemple : il se peut que des règles telles que : « Une fille bien doit se marier/ avoir des enfants/ avoir un métier stable » aille à l’encontre de nos désirs profonds. Le fait de les transgresser culpabilise, car on craint d’être jugée, voire rejetée. Mais cela évite aussi le regret, la frustration et l’aigreur.

 

Prendre conscience de ses ambivalences permet de moins en subir les effets. A condition d’affirmer ses décisions : « Maman, Papa, je préfère claquer mon salaire en escarpins dorés qu’en PERP, c’est comme ça. » Assumer, c’est donc accepter d’être parfois la « mauvaise fille », ne pas se laisser croquer par le regard de l’autre, bref, continuer d’être vivante.


 

F. Schmidt, Milady B






 
 
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